Écrire sans conséquence
Il est 4h du matin et comme chaque nuit j’ai les yeux grand ouverts. C’est ainsi depuis des années, peut-être des décennies.
Au coeur de la nuit, à la seconde où mon cerveau se remet en mouvement, c’est plié ; il part en rave party. Comme le mec qui a dormi deux heures à côté de l’enceinte de la boîte de nuit, parce qu’il était crevé-bourré, et qui se réveille en fin de soirée quand tout le monde baille. C’est ça mon cerveau, un teufeur d’after qui veut son sandwich au poulet et une dose de Gin tonic pour se remettre à danser. Le cerveau à 4h c’est une F40 à 300 km/h, 7000 tours-minute, sans ABS, sans anti-patinage, sans direction assistée : t’as toutes les vibrations du monde dans tes pensées, t’es le premier skieur à déflorer la poudreuse de la nuit, t’as rien qui t’arrête dans tes angoisses. Si je suis tout seul j’allume, je me lève, je marche dans l’appart, je me sers un verre d’eau, je prends mon ordi et je canalise, comme maintenant. Besoin que ça sorte sinon tu meurs. Au cerveau. Des mots comme des soupapes, qui ne sont pas des évêques, mais bien des cylindres pistonnés, ceux qui font avancer. J’ai les cylindres qui entament leur mouvement : les enfants, le spectacle, la vie, elle, maman, le budget, les enfants, le spectacle, elle, l’Iran, maman, le budget, le PSG, et pour mon chien ça fera bientôt un an… Tout se mélange, entre l’envie de créer et celle de ruminer, je pars en sucette, mixant les émotions comme DJ Biza, je te balance le gros son, le boom boom du coeur toujours là et c’est déjà ça. Envie d’écrire du drôle, il n’y a que ça qui m’amuse. Surfer entre les vagues du désespoir humain pour trouver par instants quelques belles évidences, une douce fluidité. J’ai plein d’idée, trop d’idées. Il faudra bien choisir. Ce spectacle ne peut pas durer trois heures trente, les gens ne tiendront pas, pense à leur vessie. Il faudra bien choisir, c’est ça le drame, choisir. Les enfants ne choisissent pas, ils sont pilotes, robots, influenceurs, policiers et joueurs de foot, d’une minute à l’autre et sans transition, pas de logique, pas de raison. En grandissant je m’impose à la fois logique et transitions, cohérence et dignité, perdant au passage les possibilités. Ecrire sans conséquence, à l’heure où la ville dort, c’est autoriser l’enfant à jouer sans évaluation ni sanction. C’est dans ce non choix que se trouve la vérité, imparable, l’essence de qui l’on veut. Et même si les phrases peuvent paraître confuses, il y a sur la crête un sens qui caracole, un rythme qui s’installe et me guide vers le juste. Je sens que doucement je m’éveille et que le cerveau lent prend soudain son envol, se dirige, trouve son flow, se sent prêt à organiser sa nocturne inconstance et proposer au monde des parfums inédits. Il sera alors bien temps de tenter un rendormissement, une ou deux heures volées à la machine, avec le sentiment du devoir de folie accompli. La fin de la récréation a sonné, je peux dormir tranquille. Essayer.


Moi je croyais que c'était que les filles anciennes qui dormaient comme ça à cause de leur ménopause
« Des mots comme des soupapes, qui ne sont pas des évêques… », ça, j’adore. 👌